- Vous m'aviez autorisée a mettre à jour les calendriers , commencai-je avant même d'avoir essuyé ses fureurs.Il me répondit sans aucune colère, sur le ton de simple mécontentement quii lui était habituel :
-Oui.Vous pouvez continuer .Mais ne vous donnez plus en spectacle :vous déconcntrez les employés .
Je fus étonnée de la légèreté de la réprimande .Monsieur Saito reprit :
-Photocopiez-moi ça .
Il me tendit une énorme liasse de pages au format A4. Il devrait y en avoir un millier.
Je livrai le paquet à l'avaleuse de la photocopieuse , qui effectua sa tâche avec une rapidité et une courtoisie exemplaires.J'apportai à mon supérieur l'original et les copies.
Il me rappela :
-Vos photocopies son légèrement décentrées , dit-il en me montrant une feuille .Recommencez.
Je retournai à la photocopieuse en pensant que j'avais dû mal a placer les pages dans l'avaleuse.J'y accordai cette fois un soin extrême : le résultat fut impeccable.Je rapportai mon oeuvre à monsieur Saito .
-Elles sont à nouveau décentrées, me dit-il.
-Ce n'est pas vrai ! m'exclamai-je .
-c'est terriblement grossier de dire cela à un supérieur .
- Pardonnez-moi.Mais j'ai veillé à ce que mes photocopies soient parfaites .
- Elles ne le sont pas .Regardez.
Il me montra une feuille qui me parut irréprochable .
- Où est le défaut ?
- Là , voyez : le parallélisme avec le bord n'est pas absolu.
- Puisque je vous le dis !
Il jeta laliasse à la poubelle et reprit :
-Vous travaillez à l'avaleuse ?
-En effet.
-Voilà l'explication .Il ne faut pas se servir de l'avaleuse .Elle n'est pas assez précise.
-Monsieur Saito , sansl'avaleuse , il me faudrait des heures pour en venir à bout .
-Où est le problème ? sourit-il .Vous manquiez justement d'occupation .
Je compris que c'était mon châtiment pour l'affaire des calendriers.Je m'installai à la photocopieuse comme au galères .A chaques fois , je devais soulever le battant , placer la page avec minutie ,appuyer sur la touche puis examiner l résultat .Il était quinze heures quand j'étais arrivée à mon ergastule. A dix-neuf heures , je n'avais pas encore fini .Des employés passaient de temps en temps : s'ils avaient plus de dix copies à effectuer , je leur demandais humblement de censentir à utiliser la machine située à l'autre bout du couloir .
Je jetai un oeil sur le contenu de ce que je photocopiais. Je crus mourir de rire en constatant qu'il s'agissait du règlement du club de golf dont monsieur Saito était l'affilié .
L'instant d'après , j'eus plutôt envie de pleurer , à l'idée des pauvres arbres innocents que mon supérieur gaspillait pour me châtier.J'imaginai les forêts du Japon de mon enfance , érables , cryptomères et ginkgos , rasées à seule fin de punir un être aussi insignifiant que moi . Et je me rappelai que le nom de famille de Fubuki signifiait ‹‹ Forêt ››.